BEFiscalité16 août 2026

Recharger sa voiture de société à domicile : ce que l’employeur peut rembourser

Vous roulez en voiture de société électrique et vous la rechargez le soir devant chez vous. L’électricité passe par votre compteur, votre fournisseur vous envoie la facture, et votre employeur vous rembourse. Jusque-là, rien que de très banal.

Fiscalement, ce remboursement n’est pourtant pas neutre par défaut. Il l’est à certaines conditions, posées par la circulaire 2024/C/77 — et l’une d’elles est technique avant d’être fiscale. Cet article explique lesquelles, et pourquoi le montant remboursable n’est pas le même selon que vous habitez Namur ou Gand.

Le point de départ : un avantage distinct, sauf exception

La mise à disposition d’une voiture de société génère déjà un avantage de toute nature (ATN), calculé sur la valeur du véhicule. La question que traite la circulaire est différente : l’électricité que vous avancez de votre poche et que l’employeur vous rembourse constitue-t-elle un second avantage, imposable à part ?

La réponse de l’administration est : oui, sauf si les conditions ci-dessous sont réunies. Lorsqu’elles le sont, le remboursement est absorbé dans l’ATN du véhicule et ne coûte rien de plus. Lorsqu’elles ne le sont pas, le montant remboursé est de la rémunération ordinaire, avec le précompte et les cotisations qui vont avec.

Les conditions de la circulaire 2024/C/77

  • Un système de communication. La borne doit rapporter à l’employeur la quantité d’électricité consommée. La circulaire admet expressément que ce rapportage passe par un intermédiaire — un opérateur de point de charge (CPO) ou une société de leasing — plutôt que par la borne elle-même.
  • La car policy. Le remboursement de l’électricité doit y être prévu. Une pratique tolérée mais non écrite ne suffit pas.
  • Le contrat d’énergie au nom du travailleur. C’est ce qui distingue un remboursement d’une prise en charge directe : la facture est à votre nom et c’est vous qui la payez.
  • Uniquement cette voiture-là. Le remboursement ne peut porter que sur la recharge de la voiture de société mise à disposition — pas sur le reste de la consommation du ménage, pas sur la seconde voiture.

Une idée reçue à écarter tout de suite

On lit souvent que la borne doit avoir été installée par l’employeur. Ce n’est pas exact. La circulaire dit le contraire en toutes lettres : la mise à disposition d’une borne par l’employeur n’est pas une condition absolue. Si la borne vous appartient — achetée avant votre voiture de société, ou héritée d’un précédent employeur — le régime reste ouvert. Ce qui compte est qu’elle rapporte la consommation, pas à qui elle appartient.

Côté véhicule, le régime suit la qualification fiscale et non l’immatriculation : voitures, voitures mixtes et minibus, ainsi que les utilitaires légers que le fisc assimile à une voiture. Un véritable utilitaire au sens fiscal reste en dehors — mais il ne génère alors pas non plus d’ATN véhicule auquel rattacher la question.

Frais réels d’abord, forfait CREG ensuite

La règle est le remboursement des frais réels : ce que l’électricité vous a effectivement coûté, selon votre contrat et votre consommation relevée. Le forfait CREG n’est pas une alternative équivalente, c’est une tolérance administrative pour les cas où ces frais réels ne peuvent pas être établis.

Ce forfait est un plafond trimestriel, exprimé en centimes par kilowattheure, et il diffère selon la région de résidence du travailleur. Pour le troisième trimestre 2026 :

Région de résidencePlafond T3 2026Pour 250 kWh/mois
Wallonie37,83 c€/kWh94,58 €
Bruxelles-Capitale37,19 c€/kWh92,98 €
Flandre32,22 c€/kWh80,55 €

Montants du troisième trimestre 2026. Ils sont revus chaque trimestre — vérifiez le trimestre en cours avant de calculer.

Ce qui est remboursé au-delà du plafond n’est pas perdu, mais il est imposable comme rémunération. Et le forfait ne vaut que pour la recharge à domicile : ni pour les bornes publiques, ni pour la recharge chez l’employeur.

Pourquoi la Wallonie n’est pas la Flandre

L’écart entre les régions n’est pas cosmétique. Au troisième trimestre 2026, un travailleur wallon peut se faire rembourser près d’un sixième de plus qu’un collègue flamand pour exactement la même quantité chargée. Sur 250 kWh par mois, cela fait environ 14 € de différence mensuelle, soit quelque 168 € sur l’année.

Le critère est la région où habite le travailleur, pas le siège de l’employeur. Une société établie à Anvers qui emploie un commercial domicilié à Liège applique le tarif wallon à celui-ci.

Le piège du tarif unique

L’employeur peut renoncer à régionaliser et appliquer un seul montant à tout le monde. Mais il doit alors retenir le plus bas des trois, et ce choix vaut pour l’année civile entière. En pratique, cela signifie que les travailleurs wallons et bruxellois sont remboursés au tarif flamand. Si votre car policy fonctionne ainsi et que vous habitez en Wallonie, l’écart ci-dessus est exactement ce que vous laissez sur la table — et le remboursement des frais réels, lui, ne connaît pas ce plafonnement par le bas.

Le compteur : 2 % ou classe B depuis 2025

Pour les bornes et compteurs intermédiaires achetés, loués ou pris en leasing depuis le 1er janvier 2025, la mesure des kilowattheures doit soit rester dans une marge d’erreur de 2 %, soit répondre à la classe d’exactitude B au sens de l’arrêté royal du 15 avril 2016. La circulaire pose les deux comme des voies équivalentes.

Les installations antérieures ne sont pas concernées par cette exigence. En cas de doute sur votre matériel, la fiche technique du fabricant tranche — c’est elle qui indique la classe du compteur intégré.

L’obstacle réel est technique, pas fiscal

Les quatre conditions se ramènent, en pratique, à une seule question : combien de kilowattheures sont entrés dans cette voiture-là ? Le compteur de la maison ne le dit pas — il additionne le lave-vaisselle, la pompe à chaleur et la voiture. Le total de la borne ne le dit plus dès qu’une seconde voiture s’y branche, ne serait-ce que le week-end.

La séparation par badge est la voie la plus simple : chaque session démarre avec un badge, chaque badge correspond à un conducteur, et les sessions restent distinctes. C’est aussi ce qui permet de démontrer, plus tard, que le remboursement ne portait que sur la voiture de société.

Ce que cela donne concrètement

La plupart des bornes récentes enregistrent déjà chaque session. Ce qui manque, c’est l’étape suivante : un relevé que le service du personnel peut traiter, et qui tienne si l’administration pose la question deux ans plus tard.

C’est ce que fait ChargeReport : vous raccordez votre borne une fois, puis vous recevez chaque mois un relevé reprenant chaque session — date, heure, kilowattheures — et les totaux. Le raccordement est purement logiciel pour les marques qui disposent d’un cloud, et se fait en OCPP pour les autres. Les détails par marque se trouvent sur les pages Easee, Alfen, Wallbox et Zaptec.

Sources : circulaire 2024/C/77 du 5 décembre 2024 (SPF Finances) — no 14 pour le système de communication et la car policy, no15 pour le fait que la mise à disposition de la borne par l’employeur n’est pas une condition absolue, no 18 pour la limitation à la seule voiture de société mise à disposition, et la note 1 sous le no1 pour les catégories de véhicules ; arrêté royal du 15 avril 2016 pour la classe d’exactitude B ; plafonds CREG du troisième trimestre 2026 (Flandre 32,22 — Bruxelles 37,19 — Wallonie 37,83 c€/kWh). Situation au 16 août 2026.

Cet article est une information générale et ne constitue pas un conseil fiscal. Il ne dit volontairement rien de la durée de vie du forfait CREG : la tolérance a déjà été prolongée une fois et reste assortie d’une réserve de retrait, mais aucune date de fin n’est fixée.